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Aimé Jacquet coule une enfance sans problèmes. Il ne se fera pas remarquer sur les bancs de l’école (bien qu’une fois au CE1 il ait volé le goûter de 16h de son ami Laurent, un sachet contenant deux quatre-quarts fourrés à la framboise. Un événement qu’il considère, avec du recul, comme dénigrant et qu’il a toujours refusé de commenter devant la presse.) Dans la cours du collège, il joue au ballon rond avec ses amis en rêvant à une carrière de footballeur professionnel. Un de ses anciens camarade aime raconter « je me souviens qu’à l’époque déjà il était passionné de football, je le revois au printemps 1957, appuyer sur la touche repeat de son baladeur cd et écouter en boucle « passements de jambes », l’ode au ballon rond de doc Gyneco. ».

Il poursuit ses études secondaires, loin d’imaginer déjà qu’un jour, il serait le premier sélectionneur français à ramener la coupe à la maison. À force d’entraînements il se fait repérer et intègre le collectif stéphanois. Le voilà donc en régulateur de terrain, prêt à en découdre pour défendre les couleurs de l’as saint Étienne (le vert, quoi.). Mais aimé jacquet rêve plus grand. Le vert ne lui suffit plus, il rêve en tricolore. Son coach de l’époque l’a d’ailleurs entendu dire à co-équipiers dans les vestiaires : « Comme Jonnhy, je veux faire le stade de France ». Il est ambitieux le jeune aimé. Malheureusement, le timing n’est pas bon. Un grand nombre de candidats à son poste l’empêcheront de faire plus de deux sélections sous le maillot au coq brodé et de devenir titulaire. Nous sommes en 1973, l’année du buffle d’eau selon l’astrologie chinoise, et Aimé rejoint l’olympique Lyonnais. Deux ans plus tard, il raccroche les crampons, et met un terme à sa carrière de footballeur professionnel avec une idée derrière la tête : devenir entraîneur.

Sa nouvelle carrière de sélectionneur débute sous le maillot de l’Olympique Lyonnais, terrain qu’il connait comme sa poche bien qu’il soit plus grand (que sa poche, qui elle est petite, puisqu’il s’agit de la poche d’un short d’entraineur et que dans les années 80, les shorts de cette discipline s’arrêtaient à mi-cuisse pour une meilleure prise au vent). Quatre années plus tard, il prend la direction de Bordeaux pour entraîner les Girondins. Le voilà à la tête d’une équipe qui deviendra, grâce à lui, l’équipe-phare du football français. Pendant que certains se déhanchent sur les démons de minuit, Aimé Jacquet lui, fait des choix stratégiques menant ses joueurs à collectionner les trophées. En 1987, il est le premier entraîneur à réussir l’exploit dit du « doublé coupe-championnat » avec son équipe, les girondins de Bordeaux. 

C’est 4 ans plus tard, qu’il rejoint la direction technique de l’équipe de France. Nous sommes en 1991. Aimé Jacquet pose ses valises et ses cahiers à Clairefontaine (t’as compris ?). Et même s’il ambitionne certainement déjà d’être calife à la place du calife, il restera sélectionneur adjoint de Gérard Houillet, dit Gégé, jusqu’en 1994. Il prendra ensuite les reines de la formation pour devenir enfin le sélectionneur des bleus. Il ne lui reste plus qu’à être champion du monde. Pourquoi ? Pour l’image, d’abord. Et puis aussi parce que sa cousine, qui travaille dans le milieu de la broderie lui propose d’ajouter une étoile au maillot tricolore pour une somme ridicule en cas de victoire mondiale. Une occasion en or, qui dorerait son image auprès de la fédé.

Aimé surprend par ces choix. Il élimine du collectif des joueurs de légende comme Jean-Pierre Papin, Eric Cantona, David Ginola et laisse place aux jeunes. Il accorde sa confiance aux espoirs Français, construisant son jeu autour de Laurent Blanc et Didier Deschamps, qu’il nommera capitaine du bateau en 1996. « Il faut s’inspirer des modèles américains et faire confiance à la génération future, un peu à l’image de The Voice Kid » déclarait-il à cette époque à un journaliste (Jounaliste qui préfèrera garder l’anonymat). 

Place aux jeunes donc, et à un nouveau style de jeu. Jugé « frileux » par certains, son schéma tactique défensif peine à faire ses preuves. Le quotidien l’équipe va même jusqu’à qualifier le sélectionneur des bleus de « tue-l'amour du rond central ». Vexé, l’ancien joueur de l’as saint etienne répondit à l’époque « vous ferez moins les malins, vous autres journalistes, quand l’équipe que j’amènerai en finale gagnera 3-0 contre le Brésil avec un doublé de Zizou de la tête à la première mi-temps et un but d’Emmanuel Petit en fin de match ». Il était drôlement visionnaire, Aimé Jacquet, puisqu’à l’issu de la compétition, force a été de constater qu’il disait vrai.

La confiance qu’il avait accordée au petit Zinédine Zidane a payé dès la qualification en huitièmes de finales de l’équipe de France de football. Les coqs, à peine sorti des poules (n’y voyez pas là une blague graveleuse sur la vie sexuelle de la volaille mais bien une expression populaire, puisqu’il s’agit des poules de qualifications, phases éliminatoires de la coupe du monde de football et non pas de l’animal) ont gagné en confiance. L’équipe montre alors un tout autre visage et les Thuram, Lizarazu, Djorkaeff, Mendy, Dugarry, Anelka, s’expriment enfin aisément sur la pelouse.

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Quand aux choix du sélectionneur national, ils ne sont plus remis en question. Les joueurs sur le banc, comme ceux sur le terrain sont investis de la même mission, amener l’equipe de France en finale de la coupe et devenir peut-être champions du monde. Fier de ses joueurs, Aimé déclare à la télé à l’issu de l’incroyable victoire en demi-finale, « que des numéro dix dans ma team. »

Le 12 juillet 1998, les champs élysées s’embrasent et chantent à tue-tête le déjà culte refrain « la, lala la la, lalalalalala lala lala, lala la lalala laaaa ». L’équipe de France a gagné la finale de la coupe, l’équipe de france est championne du monde de football. Zinédine Zidane, auteur d’un doublé devient un buteur légendaire et l’idole d’une génération. Aimé Jacquet, ancien milieu de terrain à la carrière trop discrète, entraineur mal-mené par la presse, voleur de goûter sur les bancs de l’école, est hissé au rang de héros national. Le sélectionneur de l’équipe entre dans la légende.

Et ce fut son dernier match avec les tricolores. Le sacre en poche, il ne renouvellera pas son contrat avec la fédération française et s’en ira, la tête haute en déclarant « Je suis très fier de mon effectif. Un jour peut-être, une seconde étoile viendra se hisser sur ce maillot. Un jour peut-être, des joueurs comme Pogba, Mbappé, Griezmann formeront une autre équipe de légende, mais c’est trop tôt, ils ne sont encore que des enfants. »

Voilà pourquoi Aimé, c’est ce qu’il y a de plus beau.

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